Durant la guerre d’Algérie (1954-1962), avec courage, le Nouvel Observateur, de Jean Daniel, pour avoir préféré tourner les talons aux mensonges et dire la vérité à ses lecteurs, a vu plusieurs de ses numéros censurés par les autorités françaises de l’époque. Un demi siècle après, comment un tel journal, sans motif, peut-il devenir à son tour censeur d’un Blog ?
Pourquoi Aissa a-t-il donné pour sous titre à son blog : « Choc des cultures ? » Il est né en 1946 dans un douar des monts Dahra, en Algérie, dans un département français. Comme 95% de ces semblables, il n’a jamais été scolarisé, il autodidacte.
En 1959, à l’âge de 13 ans, avec sa mère, ils ont été raflés, pris en otage, séquestrés pendant huit mois au « Bois Sacré », dans une résidence d’été du gouverneur général d’Algérie, qui a été, au tout début des : « Evènements d’Algérie », désaffectée et transformée en camps de concentrations et d’extermination des indépendantistes. Le maître d’œuvre de ce camp se nommait Lieutenant Jean Lacoste, c’est sa véritable identité. Il appartenait au 2ème bureau du 22ème R.I. (régiment d’infanterie). Lacoste était marié et père d’au moins une fillette qui était scolarisée à Gouraya.
Ce bourreau était un manipulateur machiavélique doublé d’un tortionnaire d’une rare cruauté. Aissa et sa mère ont subi ses sévices huit mois durant. Il s’agit d’une cruauté qui dépasse l’entendement. Après avoir été cassée et désarticulée part la torture, la pauvre mère sera libérée pour des raisons tactiques. Sans domicile ni ressources aucune, elle agonisera pendant trois ans, jusqu’à 1963, dans les hôpitaux de Gouraya et Cherchell avant de succomber des suites de sévices que le lieutenant Lacoste lui avait infligés. Par miracle Aissa survivra à ces mêmes sévices. Ces : « Evènements », une guerre qui n’a jamais osé décliner son nom, lui a ravi : son père, sa mère, une frère âgé de 20 ans. Aussi assistera-t-il à la spoliation et/ou à la dévastation de la totalité de son patrimoine : récoltes : céréales, fruits et légumes, troupeau et à l’incendie de sa ferme par les forces coloniales.
Aussi, en plein milieu de la nuit, les services de Lacoste rafle deux autochtones sous leur toit. Après avoir enduré environ un mois de torture des plus intenses, au coucher du soleil, le nouveau maître du Bois Sacré, assisté de deux subordonnés (soldats métropolitains), va les embarquer à bord d’un camions de type GMC pour les conduire sur une plage mitoyenne à la base militaire qui servait à cette caserne de déchèterie et charnier des exécutions sommaires.
Dès leur arrivée dans le sinistre lieu, le lieutenant Jean Lacoste et le conducteur du camion débarquent de la cabine du véhicule et les deux otages, surveillés par un soldats armé d’un pistolets mitrailleur Mat49, descendent de la partie arrière. Disloqué par la torture, le père ne pouvait ni marcher, ni se tenir debout, ni même s’asseoir. Seul son fils était encore valide. Lacoste lui jette une pelle et lui désigne l’endroit où il devait creuser une fosse dans le sable. Une fois l’ouvrage terminé, le patron du 2ème bureau du 22ème R. I. dégaine son pistolet automatique achève, à bout portant, son otage invalide qui est Immédiatement saisi par les deux soldats, l’un par les pieds l’autre par les bras, pour le jeter dans le trou. Pour couvrir la tête de son père, du moins semblait-il avoir l’intention, le fils ôte sa veste, probablement pour lui donner un dernier baiser d’adieu, le fils plonge son buste dans la tombe de son père. Tandis que le lieutenant Lacoste se saisit de la pelle, à l’aide de son tranchant, de plusieurs coups dans la région de la tête, il tue le fils. Les deux victimes, qui n’étaient pas le père et le frère d’Aissa, sont enfouies dans le même trou. Une fois leur corvée de bois terminée (l’un des noms des exécutions sommaires), les trois soldats ont siroté, au bord de la mer, des bières de marque 33, avant de regagner base.
Dès1973, alors en vacances en Algérie, Aissa constate que certains dirigeants algériens, notamment d’anciens militaires de l’armée coloniale, des ralliés tardifs à la cause nationale, avaient confisqué les attributs de la révolution algérienne pour imposer à leur peuple un régime comparable ou pire à celui imposé par leurs prédécesseurs, par les colons les plus crapuleux. Bien qu’issu d’une famille dite : « Révolutionnaire », ses remarques lui voudront une invitation à déguerpir de son pays alors qu’il avait la jambe fracturée, dans le plâtre. En 1982, de retour en Algérie pour les vacances estivales, il constate que son pays allait tout droit vers le précipice. Ses critiques jugées intolérables, l’emmerdeur sera invité, le 03.10.1982, vers 23 heures, d’embarquer à bord bateau el Djazaïre qui allait lever le l’ancre 04.10.1982, à neuf heures. Les formalités préalables à son embarquement lui seront facilitées par ces accompagnateurs.
Dès son arrivée en France, l’indésirable dans son pays prend un engagement d’honneur : faire ce qu’il peut, là où se trouve, avec les moyens dont il dispose, pour dénoncer ce qu’il croyait être un néocolonialisme brun, une honte sociétale.
Bien qu’immigré en France depuis 1964, Aissa est l’un des rares algériens qui va être, dès 1982, cocher par les autorités algériennes sur une liste dite : « Personnes portant atteinte à la sécurité de l’Etat ». Les châtiments prévus par le code pénal algérien pour ce type de crimes sont : la peine capitale ou la réclusion criminelle à perpétuité. De 1984 à 1986, il est régulièrement convoqué par la DST.
Le 12 avril 1988, à l’occasion d’une énième tentative du renouvellement de son passeport algérien en cours de validité, le Consul général d’Algérie de Toulouse, un ordurier, qui lui tient d’abord un langage mielleux : « La direction de la DGSN (direction générale de la sécurité nationale) m’a donné pour consigne de ne pas renouveler votre passeport », avoue-t-il. « Cependant, vu que vous êtes issu d’une famille révolutionnaire, je prends sur moi de vous-le renouveler à condition de me signer une attestation selon laquelle vous renoncez à vous activités politiques contre un pouvoir par lui jugées exemplaire », ajoute-il, en présence de l’un de ses adjoints.
Aïssa commence par remercier le haut et généreux fonctionnaire avant de répliquer : « L’honorable offre que vous venez de me faire, si vous la faîtes à 1000 algériens, je suis sûr qu’au moins 999 d’entre eux l’accepteraient et vous seraient reconnaissants. Cependant, comme mon algérianité ne m’est pas tomber sur le coin de la gueule pendant je que faisais la sieste, permettez-moi de la qualifier d’indécente. J’attribue à mon passeport une haute valeur symbolique qui ne tolère aucun marchandage à l’instar d’un vulgaire tapis », conclu Aissa. D’un geste de primate, le consul se saisi du passeport en question, qui était valable jusqu’au 18 mai de la même année, profère des menaces de morts à son administré qui regagne son domicile en sifflotant de joie car jusqu’à ce jour il se demandait si son action ne relevait pas de prêches dans un vaste désert. Les menaces de mort par appels téléphoniques anonymes, le bris, à espaces réguliers, de sa boîte aux lettres, les actes de vandalisme sur ses voitures… ne l’ont nullement fait renoncer à son engagement d’honneur.
Bien qu’affichant une carrière professionnelle jugée par la DST : « D’exemplaire » entre 1984 et 1986, l’immigré algérien sera régulièrement par elle entendu.
Pour Aïssa, la violence n’est pas une simple notion théorique, abstraite. A l’âge de 13 ans, il a subi et assisté à des crimes coloniaux des plus abjectes. Oui, Aissa a comparé certains cercles de l’armée algérienne de se comporter comme certains cercles de l’armée coloniale qui s’était comportée comme des nazis. Oui, il a encore comparée le bombardement de Gaza par Stahal, tuant des milliers de femmes et d’enfants, comme étant comparables aux crimes nazis. Les martyres algériens accepteraient-ils de voir l’armée algérienne reproduire les crimes coloniaux ? Les victimes de la Shoah toléreraient-ils de voir l’armée sioniste de se comporter, à l’égard des palestiniens, comme les nazis se sont comportés à l’égard des juifs durant le second conflit mondial ?
Aïssa est convaincu que la censure de son blog est due à une erreur d’appréciation du modérateur trompé par des délateurs, par des tenants d’une culture française qui remonte au : « beau temps des collabos », hérité des : « quarante millions de pétainistes ». En effet, il a beau tourner la question dans tous les sens, il ne parvient pas à croire que le Nouvelobs, qui a subi la censure, puisse, sans motif réel et sérieux, sans mettre en garde ni prévenir son auteur, devenir lui-même censeur. Le censuré constate que son continue à recevoir, quotidiennement, quelques 200 visiteur. Ce blog leur est dédié. A de juger la justesse ou l’arbitraire du censeur par aissa.damné du nouvelobs